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Philosophie

L'histoire

Au programme des L et ES. 

Aborder l'histoire comme notion philosophique ( séries L et ES ) est toujours un peu surprenant pour les élèves, mais c'est l'occasion pour eux d'apporter un regard critique et plus autonome sur cette discipline qui leur est familière. 

La notion d'histoire 

Trois grandes questions peuvent être soulevées autour de la notion d'histoire : 

Une première étape consiste à clarifier les différentes significations du mot « histoire », et ce faisant, il s'agit aussi d'élaborer une définition de l'histoire comme étude scientifique du passé humain.

Entre l'histoire comme simple narration (raconter une histoire), l'histoire comme mise en discours objective du passé humain (l'histoire de l'historien), et l'histoire au sens de la réalité historique (le devenir objectif dans le temps), il y des nuances de sens importantes, mais aussi des liens.

En effet, il n'y a pas de connaissance historique s'il n'y a pas de conscience historique, c'est-à-dire une conscience du passé :

l'homme n'a vraiment un passé que s'il a conscience d'en avoir un   

R. Aron, Dimensions de la conscience historique, 1961. 

Qu'est-ce donc que l'histoire au sens de la connaissance du passé humain ?

Les élèves sont invités dans un premier temps à considérer ce que n'est pas l'histoire, les formes de discours sur le passé humain qui ne doivent pas être confondues avec elle. 

En effet, toute narration du passé humain ne relève pas de l'histoire ! 

Il faut la distinguer d'une simple fiction, d'une légende, du roman historique ou bien encore du mythe.

L'histoire ne relève pas d'une construction imaginaire ou du merveilleux mais cherche à rendre compte des faits tels qu'ils se sont passés. L'exigence d'objectivité est donc première pour définir l'histoire.

C'est là que repose d'abord la ligne de démarcation entre l'histoire et les autres discours possibles sur le passé humain, y compris les discours qui tendent à déformer ou trahir certains aspects du passé, ou à les instrumentaliser à des fins politiques.

Par conséquent, cette exigence d'objectivité suppose aussi de distinguer l'histoire de la mémoire ou des mémoires. 

La question des mémoires fait partie du programme d'histoire en terminale, il est donc intéressant de faire le lien pour le élèves à ce sujet, au moins à titre d'exemple.

On rappellera donc que la mémoire est une construction du passé humain non critiquée,  qui implique un rapport personnel ou collectif (celui d'un groupe, d'un pays) au passé, en ce sens qu'elle exprime et tend à conserver un vécu, parfois traumatique (mémoires des victimes), ou bien un ensemble de valeurs et d'idéaux communs. Il semblerait donc que l'histoire s'écrive contre la mémoire, mais si une société a besoin d'histoire, n'a-t-elle pas aussi besoin de mémoire ?

Par ailleurs, la mémoire n'a t-elle pas aussi besoin de l'histoire, pour opérer, comme le dit Paul Ricoeur, un travail de « guérison » dans le rapport parfois difficile qu'une société entretient avec son passé ?  Ainsi, une opposition trop radicale entre la mémoire et l'histoire mérite d'être nuancée. 

Il n'en demeure pas moins que l'histoire « savante », pour se constituer comme science, suppose l'élaboration d'un savoir critique et rationnel au sujet des événements passés. On ne peut donc séparer l'idée de science historique du problème de la vérité historique.

En effet, la connaissance historique vise à produire un discours vrai sur le passé humain : à quelles conditions est-il possible de parler de vérité historique ? En quoi consiste alors le travail de l'historien ? 

Le sacre de Napoléon

Le Sacre de Napoléon par David (détail).

Les conditions d'élaboration de la vérité historique

Dans un second moment, les élèves sont invités à examiner plus attentivement les conditions d'élaboration de la vérité historique, vérité sans laquelle l'histoire n'est plus l'histoire, mais se trouve réduite à une simple légende, fantaisie ou réécriture arbitraire ou mensongère du passé humain. 

La vérité historique s'élabore à deux niveaux inséparables l'un de l'autre (voir le texte de Todorov plus bas) : 

Le travail de l'historien témoigne d'abord du souci de restituer les faits tels qu'ils se sont réellement passés.

On invitera aussi les élèves à réfléchir sur la notion de fait historique : en effet, parmi la multitude des faits qui constituent le passé humain, pourquoi certains sont retenus et pas d'autres ? Sur quoi repose ce travail de sélection et de hiérarchisation des faits effectué par l'historien ? A partir de quand un fait peut-il être considéré comme événement historique ?

Ajoutons à cela ce qui semble constituer la difficulté propre de toute connaissance historique : le fait étudié est « passé », c'est à dire « révolu » ; l'historien ne peut donc reconstruire les faits que de manière indirecte, à partir de traces, de sources et de témoignages directs ou indirects.

Par ailleurs, le fait historique est « vécu ». Pour ces deux raisons, la construction du fait historique s'établit selon une méthode propre, qui n'est pas « expérimentale » comme dans les sciences exactes. L'histoire est donc science humaine,  elle n'est  pas scientifique à la manière dont les sciences de la nature opèrent, par reconstruction ou expérimentation des phénomènes observés. Mais il n'en demeure pas moins que quelque chose s'est passé, et il appartient à l'historien de mettre à jour cette vérité des faits.

Chute du mur de Berlin

Image de la chute du mur de Berlin

Ainsi, l'histoire ne vise pas seulement une restitution des faits, ou une simple chronologie des événements, mais le travail de l'historien est aussi un travail  d'interprétation : il s'agit de mettre en discours (car l'histoire reste une narration, une écriture du passé) une « vérité de dévoilement ».

Si la vérité historique est le résultat d'un travail d'interprétation, elle ne peut donc prétendre à une objectivité absolue et reste susceptible de changer ou d'être discutée. On ne peut échapper au problème de la subjectivité de l'historien, dont le travail semble inconcevable sans référence à des valeurs, qui peuvent influencer la façon de choisir certains sujets, de hiérarchiser les faits, de formuler certaines questions qu'il considère comme importantes à ses yeux, de proposer une certaine lecture d'un événement ou d'une période....

Les élèves en concluent souvent qu'il n'y a  pas de vérité historique, que chaque historien « fabrique » l'histoire à sa manière, selon ses valeurs, sa culture, ses convictions....etc.

Il n'y aurait donc pas une histoire mais « des histoires » (Paul Veyne).

Une telle objection est légitime et on pourra alors y apporter une piste de réponse possible : il y aurait, comme le dit Ricoeur (voir le texte plus bas), une « bonne » et une « mauvaise » subjectivité de l'historien.

La vérité historique est donc « double » selon les mots de l'historien Henri-Irénée Marrou : lorsque l'histoire est vraie, c'est-à-dire qu'elle repose sur des faits établis et reconnus par la communauté des historiens,

elle est à la fois vérité sur le passé et témoignage de l'historien.

Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, 1957 

Decouverte de l'Amerique

Découverte de l'Amérique par Christophe Colomb par D. Puebla en 1862

Le sens de l'histoire 


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