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Philosophie

La conscience

Cette notion est centrale dans la partie du programme intitulée le sujet. Elle « éclaire » toutes les autres notions inclues dans cette partie : le sujet, l'inconscient, la perception (série L), autrui (série L et ES) et le désir

La notion de conscience 

Soulignons la difficulté de cette notion, qui peut paraître abstraite à des élèves, surtout si elle est traitée en début d'année.

Un cours sur la conscience doit permettre d'aborder au moins trois grandes questions :

La question de l'identité personnelle, de la réalité que recouvre le fameux « moi » se trouve aussi engagée dans une réflexion sur la conscience.

Magritte

Un savoir sur soi et un regard sur le monde

Il est souvent intéressant de partir de l'étymologie. Le mot de conscience renvoyant à l'idée d'un savoir que l'on porte avec soi.

La conscience peut donc être assimilée à une forme de connaissance, immédiate, intuitive, qui se porte à la fois sur soi-même et sur le monde extérieur.

Une certaine tradition philosophique centre son attention sur la conscience de soi : le sujet conscient est celui qui dit « je », capable de former une représentation de lui (voir le texte de Kant plus bas) et qui sait de façon certaine qu'il existe (voir le texte de Descartes plus bas).

Les philosophes du XXème siècle, à la suite de Husserl, mettront l'accent sur le fait que la conscience me met d'abord en rapport avec le monde (ce qui n'est pas moi, autre que moi). Elle n'a donc pas seulement le caractère d'une faculté ou d'une substance, elle n'est pas d'abord repli sur soi, mais elle est pur mouvement, elle devient « regard » (voir le texte de Sartre plus bas ) ; elle me relie à l'extériorité, et ce n'est qu'à cette condition qu'elle rend possible une connaissance des phénomènes.  

La présence en nous de la conscience explique aussi la volonté de l'homme, non seulement de s'interroger sur les phénomènes qui apparaissent à sa conscience mais de transformer le monde, pour retrouver quelque chose de lui à l'extérieur de lui-même, à travers des actions, des œuvres. (voir le texte de Hegel plus bas et la fiche sur le travail). L'homme existe ainsi pour soi, selon l'expression de Hegel ; il est dans la nature et en même temps, il existe comme esprit. 

La conscience est-elle le propre de l'homme ? 

Dès lors, les élèves sont amenés à s'interroger sur le fait de savoir si la conscience est le propre de l'homme, seul être à exister pour soi. Si on admet l'hypothèse d'une certaine « conscience » animale  (voir le texte de Bergson plus bas), on se demandera alors où se situe l'originalité de la conscience humaine. Ce moment de la réflexion conduira aussi à approfondir les « propriétés » de la conscience, et la manière dont elle vise le monde et donne accès à l'intériorité. 

Enfin, si la conscience est un savoir immédiat, elle possède aussi une dimension réflexive. Etre conscient signifie revenir sur ce que je perçois, en moi et hors de moi. Je peux donc, en tant que sujet conscient, analyser, questionner, prendre conscience et donc réfléchir. Cette dimension essentielle permet de comprendre que le sujet conscient est capable d'introspection : il peut réfléchir sur lui-même, s'évaluer et en un certain sens, se juger. On peut alors conduire les élèves vers une réflexion sur la nature et les fondements de la conscience morale,dont seul l'homme semble être pourvu. La conscience peut alors être redéfinie dans sa dimension morale, comme un témoin intérieur qui permet à l'homme d'évaluer ( juger ) ses actions. Ainsi, au plan moral, la conscience fait aussi de moi un être responsable, capable de rendre compte de ses actes et de se soumettre à la loi morale ( voir fiches sur le devoir et la morale ). 

L'examen de conscience de Garcin

L'examen de conscience de Gilbert Garcin, artiste photographe.

Une dimension réflexive

Narcisse du Caravage

Narcisse du Caravage 

Pour finir, si la conscience est une forme de connaissance, elle demande à être examinée dans sa portée et ses limites, en particulier en ce qui concerne la conscience de soi.

La question se pose donc en ces termes : suffit-il d'être conscient de soi pour se connaître ? 

Les élèves seront ici invités à réfléchir sur l'existence et la réalité de ce que l'on nomme le « moi » ; en bref, à évaluer la légitimité de l'idée d'une identité personnelle qui serait irréductible à une identité sociale, empruntée.

Au-delà des changements qui peuvent m'affecter à travers le temps, existe-t-il une réalité immuable, invariable, qui serait le fondement de mon identité ? Le « je » conscient, condition de toute connaissance, peut-il se confondre avec le « moi » que l'on cherche à connaître ? Pascal pose admirablement la difficulté à « saisir » le moi, dans un célèbre extrait des Pensées (voir la fiche sur le SUJET). 

La mise en perspective de la notion de conscience 

La notion de conscience, par son importance dans l'histoire et la réflexion philosophique, accompagne beaucoup d'autres notions du programme, celles qui sont inclues dans la partie intitulée « le sujet » mais aussi de nombreuses autres, comme le langage, la morale, la culture, le travail, la technique et l'art. Elle est donc particulièrement transversale.

Cela explique que dans des sujets de bac, elle est souvent croisée avec d'autres notions du programme. 

Quelques textes philosophiques sur la conscience

Ce passage des Méditations, sans évoquer explicitement la notion de conscience, expose néanmoins la conception cartésienne du sujet comme un être se définissant comme « chose pensante » c'est-à-dire comme esprit, comme un être qui pense et qui sait qu'il pense. La pensée me définit, elle est inséparable de moi, j'ai un accès permanent, tant que je pense, à ce que je ressens et ce que je veux. Ma pensée me révèle aussi mon existence, en ce sens que je sais que c'est bien moi qui pense : elle est donc ce qui m'appartient en propre et contient en même temps la certitude de mon existence. Le « je pense » ( cogito ) est donc la première certitude, et le fondement de toute connaissance : il est la condition de toute pensée. 

Cet extrait est souvent étudié avec des élèves pour introduire la notion de conscience de soi, comme capacité de former une représentation de soi, et de pouvoir la nommer à travers le mot « je ». Il contient aussi l'idée qu'être conscient est le propre de l'homme et à ce titre, l'homme n'existe pas comme une chose, mais comme un « je », comme sujet. Il a donc une dignité particulière au sein de la nature. Par ailleurs, la conscience de soi est présentée comme condition de toute connaissance et principe d'unité : elle accompagne toutes nos représentations et permet aussi la permanence du moi au cours du temps. 

Cet extrait permet de mieux appréhender ce que signifie prendre conscience de soi. On peut en effet devenir conscient sur un mode théorique, celui de l'introspection et de la connaissance de soi, mais aussi sur un mode pratique, celui de la réalisation et de l'oeuvre, par lesquelles l'homme projette son intériorité sur le monde extérieur pour le transformer à son image et retrouver quelque chose de lui dans ce qu'il fait. Il est possible, à partir de cet extrait, d'éclairer le sens du travail humain (au sens large d'une activité de transformation) pour montrer que les œuvres résultant du travail et de l'art sont autant de moyens pour la conscience humaine de s'extérioriser. 

Ce texte permet de poser le problème de la différence entre la conscience humaine et la conscience animale. Bergson ne refuse pas complètement l'idée d'une « certaine » conscience animale mais soutient néanmoins que la différence entre les deux est radicale. L'originalité et la puissance de la conscience humaine se tient du côté de la liberté, car la conscience se définit d'abord comme « la puissance de choix dont un être dispose ». La conscience est donc ce qui permet d'échapper aux automatismes de la nature (comportements instinctifs) : à ce titre, seul l'homme est véritablement un être conscient. 

Ce texte de Sartre peut être utile pour mieux comprendre la notion d'intentionnalité (héritée du philosophe Husserl) et permet de dépasser la conception de la pensée consciente chez Descartes : la conscience ne serait pas statique ( une « substance »), c'est-à-dire une sorte de boîte contenant tous les états subjectifs, notre intériorité ( pensées, sentiments, désirs...) mais elle serait un pur mouvement: elle vise toujours quelque chose. En ce sens, l'idée d'intériorité est mise à mal par Sartre, au profit d'une conscience qui est redéfinie comme « un glissement hors de soi ». La conscience devient pour Sartre un simple regard et il n'y a pas de conscience « vide », sans objet. Ce texte de Sartre, malgré sa relative difficulté,  peut être un moyen d'éclairer le sens de la célèbre formule de Husserl 

toute conscience est conscience de quelque chose.

Husserl


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