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Philosophie

La culture

La culture est une notion commune à toutes les séries, et qui sert de thème principal pour les notions suivantes : le langage, le travail, la technique, l'art, la religion, l'histoire.  Elle peut faire l'objet d'un traitement spécifique mais elle peut aussi accompagner, de façon transversale, chacune des notions qui s'y rapportent. 

La notion de culture 

Les différents sens possibles 

Les élèves doivent d'abord réfléchir sur les différents sens possibles de la culture et les différentes réalités qu'elle recouvre. On peut en général distinguer trois grandes significations de la notion,  significations qui sont cependant intimement liées. 

Il est d'ailleurs intéressant de rappeler que tous ces sens du mot culture se rapportent à une même étymologie :

le verbe « colere » en latin qui signifie littéralement cultiver la terre, prendre soin. 

Ce retour au premier sens du mot permet d'appréhender la culture comme un effort, un travail, une modification qui vise à produire quelque chose que la nature seule ne suffit peut-être pas à donner.

Cicéron est un des premiers à comparer le travail de la terre et celui de l'esprit :

Un champ, si fertile soit-il, ne peut être productif sans culture et c'est la même chose pour l'âme sans enseignement.

Cicéron

La culture désigne donc de façon très large tout ce que l'homme va ajouter à la nature, parfois d'ailleurs en lui faisant violence. Un problème central peut ainsi être dégagé avec les élèves : la culture doit-elle être comprise comme une opposition à la nature ? 

Quelle est la légitimité de l'opposition entre nature et culture ? 

Dans un second moment, on approfondira cette question avec les élèves.

On montrera dans un premier temps que la culture peut être appréhendée comme une anti-nature, dans la mesure où cette dernière serait assimilée à notre animalité, à notre vie pulsionnelle ; il faudrait donc la « dompter » afin de réguler les rapports humains et pouvoir vivre ensemble selon d'autres lois que celles de la nature (la loi du plus fort par exemple). 

Freud partage une telle approche (voir le texte de Freud plus bas) 

La tâche de la culture, c'est de nous défendre contre la nature.  

La culture est ainsi le moyen par lequel l'homme va fixer des interdits (qui ne seraient pas donnés par la nature) et en ce sens, elle relève de la moralité.

Selon Levi- Strauss, l'absence de règles et d'interdits est le critère le plus sûr qui permet de différencier un processus naturel et un processus culturel. La philosophie peut donc s'appuyer sur les données de l'anthropologie pour mettre en avant que la culture est l'ensemble des efforts fournis par l'homme pour s'humaniser et rendre possible la vie en société. 

L'enfant sauvage de Truffaut

L'enfant sauvage

l'enfant sauvage portrait

Mais l'homme ne se contente pas de « travailler » sur lui-même ; la culture embrasse aussi tous les processus de transformation du monde extérieur, monde dans lequel l'homme va imprimer sa marque afin de se retrouver lui-même.

Cette idée que la nature représente un milieu hostile où l'homme ne pourrait pas survivre s'il ne la transformait pas, est déjà présente dans le mythe de Prométhée tel que Platon le reprend à son compte  dans le Protagoras (voir ce texte dans la fiche sur la technique).

Dès lors, les élèves peuvent comprendre que le travail est un geste culturel, et qu'un simple outil a une valeur culturelle en ce sens qu'il est le résultat d'une transformation précédée par une réflexion, qu'il n'existe pas comme tel dans la nature.

Selon une approche hégélienne, nous dirions que l'homme a besoin de se projeter hors de lui, afin de prendre conscience de lui-même, de sa nature spirituelle, de ses capacités, afin de se contempler dans ses œuvres (voir ce texte de Hegel dans la fiche sur la conscience). 

L'homme ne se contente pas d'ajouter des outils ou de transformer matériellement le monde ; il va aussi produire des symboles, des interprétations du milieu dans lequel il vit.

Le mythe, la religion, l'art sont autant d'éléments de cet univers devenu symbolique.

La représentation que les hommes se font de la nature est elle même culturelle : elle varie selon les groupes et les époques.

D'une certaine manière, la culture « efface » le monde simplement naturel, au profit d'une interprétation de celui-ci à travers des discours et des croyances afin que l'homme puisse donner du sens aux événements naturels (biologiques), comme la naissance ou la mort par exemple.

En ce sens, l'art peut être placé au rang d'une production éminemment culturelle, comme le montre Hannah Arendt dans la Crise de la culture (voir le texte plus bas ):

Seul ce qui dure à travers les siècles peut revendiquer le statut d'un objet culturel.

Ainsi, la culture permet aussi à l'homme de s'inscrire dans la durée, de résister « aux va et vient des générations » (Arendt) et de lutter contre l'action destructrice du temps.

La culture est donc inséparable de l'idée de transmission ; elle se définit aussi comme un héritage qu'un groupe lègue à un autre et que l'humanité se donne à elle-même, de telle sorte, comme le montre Pascal dans un texte célèbre, qu'on pourrait considérer l'histoire de toute l'humanité comme un seul homme qui s'instruit continuellement de ce que ses prédécesseurs lui ont légué, mais qui avance et continue d'inventer et de découvrir (voir ce texte de Pascal dans la fiche sur l'histoire)

Ainsi, si la culture peut être appréhendée comme un certain « arrachement » à la nature, il n'en reste pas moins qu'elle constitue un auxiliaire pour celle-ci.

Millet

De la même façon que le bon agriculteur ne fait pas violence à la nature mais aide celle-ci à devenir fertile par son labeur quotidien, on pourrait ainsi conclure que la culture est non pas un ennemi de la nature, mais une aide indispensable, en ce sens qu'elle permet à l'homme - qui n'est pas simplement un être de pulsion et d'agressivité mais aussi de langage et de réflexion - de mettre en oeuvre toutes ses potentialités naturelles, de déployer sa nature d'animal raisonnable.

La culture au sens d'éducation 

La culture peut alors acquérir un sens ultime, sans doute le plus important : l'éducation. Dans son traité de pédagogie, Kant propose une réflexion sur l'éducation :

C'est dans le problème de l'éducation que gît le secret de la perfection humaine.

Kant

De la même façon que le médecin ne guérit pas le malade mais aide la nature à la guérison, de la même façon l'éducation n'invente pas l'homme mais l'aide à se former, en faisant appel à sa raison et à sa liberté (autonomie). 

Ainsi, les élèves sont en mesure d'appréhender les limites d'une simple opposition entre nature et culture : la culture n'est pas un artifice qui viendrait combler un vide laissé par la nature ; elle ne fait rien d'autre que révéler le virtualités présentes en chacun de nous.

Il devient donc possible de voir l'homme non comme le résultat d'une tension permanente entre nature et culture, mais comme un être à la fois naturel et culturel :

Tout est fabriqué et tout est naturel chez l'homme   

Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, p 220/221. 

La mise en perspective de la notion de culture

La notion de culture apparaît souvent croisée avec de nombreuses autres notions du programme :

Quelques textes conseillés pour approfondir la notion 

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