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Philosophie

Le langage

Elle est « réservée » aux séries L et ES et n'apparaît pas dans la série S même s'il est tout à fait possible de l'aborder en série S à l'occasion d'un cours sur la conscience par exemple, ou d'une réflexion sur la distinction entre l'homme et l'animal, elle ne fera cependant pas l'objet d'un traitement spécifique dans cette série.

La notion de langage

Depuis toujours, le langage constitue un objet privilégié de la réflexion philosophique ; dès lors que celle-ci se fonde sur des mots et se constitue comme discours, s'interroger sur la valeur de nos énoncés fait donc partie de toute démarche philosophique. 

Cette notion, bien qu'assez « technique » est, en général, appréciée par les élèves, car elle touche à l'expérience quotidienne et invite à se pencher sur l'usage que nous faisons des mots.

Qu'est-ce que parler ?

Telle est la question qui peut inaugurer une réflexion sur le langage.

Les élèves identifieront spontanément dans un premier temps la notion de langage à celle de communication. Dès lors, si parler, c'est communiquer, cela signifie-t-il pour autant que toute communication relève du langage ?

Ainsi, un premier moment de la réflexion consiste à définir ce que recouvre la notion de langage au sens large, pour en arriver à cerner la spécificité du langage humain. Ce premier moment de conceptualisation permet de poser des distinctions importantes, notamment celle opérée entre la communication et le langage, ce dernier étant toujours marqué par une intention signifiante, consciente ou inconsciente : quand je parle, je cherche à dire quelque chose, à « signifier ».

Parler, c'est témoigner que nous pensons ce que nous disons 

Descartes.

Les élèves peuvent alors comprendre que cette fonction signifiante est sans doute absente de la communication animale, et qu'un mot représente bien plus qu'un simple signal.

Il est par ailleurs intéressant de les inviter à réfléchir sur la place de la parole comme mise en œuvre du langage dans un monde dominé par l'idée (idéal) de communication : certes, nous communiquons aujourd'hui de manière plus efficace, grâce aux nouvelles technologies de la communication et de l'information, et grâce à la multiplication des réseaux de communication ;  nous communiquons beaucoup et vite,  nous transmettons un nombre incommensurable d'informations, mais qu'avons-nous encore à dire, à nous dire 

Dès lors, parler n'apparaît pas seulement comme le fait de transmettre des informations, de les recevoir et de les traiter ; toute tentative de codification ou de formalisation du langage humain (le langage informatique par exemple) oublie de considérer que la fonction du langage ne se réduit pas à l'information ou à la transmission de données. 

La parole humaine est toujours l'acte d'un sujet ; elle possède une dimension de suggestion, d'évocation : parler, c'est dire et c'est aussi se dire.

En ce sens, la parole, toujours singulière, ne coincide pas tout à fait avec le langage, qui, lui, conserve un caractère universel. C'est ce que montre le psychanalyste J. Lacan : ce que je cherche dans la parole, ce n'est pas seulement une information, mais « la réponse de l'autre ».

Parler, c'est bien s'adresser à quelqu'un et être uni à lui par une parole particulière. 

Bouguereau

La valeur spécifique du langage humain

On invitera ensuite les élèves à se questionner sur ce qui fait la valeur spécifique du langage humain, c'est-à-dire la relation qu'il entretient avec l'intériorité humaine, avec l'acte de penser et avec la conscience de soi. 

La question « qu'est-ce qu'un mot ? » constitue un passage important d'une réflexion sur le langage et permet d'articuler le fait de parler et le fait de penser.

On montrera dans un premier temps que si le langage semble parfois inadapté à la pensée, comme le soutient Bergson (voir le texte plus bas), il n'en demeure pas moins qu'on ne peut pas penser sans les mots  : le mot est ce qui donne une forme objective à notre intériorité (voir le texte de Hegel).

L'homme est responsable du langage qu'il utilise

La question se pose aussi de savoir ce que nous enseignent les mots : de quoi le mot est-il le signe ? Que nous fait-il connaître au sujet de nous-mêmes ou du monde extérieur ? (voir le texte de Saint Augustin). 

Après avoir réfléchi sur la nature du mot, les élèves appréhendent plus facilement l'idée que l'homme est responsable du langage qu'il utilise, autrement dit que les mots que nous utilisons ont une importance fondamentale. De là, découle l'idée de la valeur du langage humain, qui réside dans son exigence de vérité: je ne peux pas parler n'importe comment, détourner le sens des mots, ou bien dire le contraire de ce qui est (c'est la problématique du mensonge).

Ainsi, le langage est porteur de vérité, ou à l'inverse d'erreur ou de mensonge ; il peut aussi devenir instrument de pouvoir, de domination, d'aliénation ou de propagande. L'idée de Kant selon laquelle l'homme aurait un devoir de vérité, ou plutôt de véracité, prend alors tout son sens (voir le texte plus bas). 

Il y a donc une responsabilité de l'homme vis-à-vis des mots et des paroles qu'il utilise. Je ne peux parler n'importe comment, ni à n'importe quelles conditions (le silence peut parfois avoir plus de sens qu'un discours). Je suis dépositaire du sens de ce que je dis, de la façon dont je parle du monde, c'est-à-dire de la relation que les mots entretiennent avec la réalité.

Le langage est le premier porteur de civilisation

G.Steiner, Langage et silence.

Mise en perspective de la notion 

La notion de langage, par sa richesse et sa complexité, peut être croisée avec toutes les parties du programme de philosophie, et donc avec de nombreuses notions. 

Dans la partie intitulée « le sujet », elle peut être mise en relation, de façon privilégiée, avec :

Le langage permet-il l'accès à la conscience de soi?;

Puis-je ne pas savoir ce que je dis ? Sommes-nous maîtres de nos paroles ?  

Le dialogue est-il la plus haute forme du langage humain ? La langage est-il ce qui nous rapproche ou ce qui nous sépare ?

Dans la partie intitulée « la raison et le réel », elle peut se rapporter à :

Le langage peut-il se passer d'une exigence de vérité ?

Le langage n'est-il qu'une interprétation de la réalité ?  

Les mots peuvent-ils rendre traduire la réalité ? Peut-on tout exprimer ?  

Dans la partie intitulée « la culture », elle peut être mise en perspective avec :

L'art est-il un langage ?  

En quoi le langage est-il le premier des échanges ? Qu'échangeons-nous quand nous parlons ? La diversité des langues est-elle un obstacle à l'entente entre les hommes?

Dans la partie consacrée à la morale et à la politique, la question du langage peut croiser certains aspects d'une réflexion sur la politique : le pouvoir, la violence, l'Etat (maîtriser le langage, est-ce posséder un pouvoir sur autrui ? Se parler, est-ce mettre fin à la violence ?).

Elle peut enfin être mise en perspective avec la notion de liberté et de devoir : sommes-nous libres de tout dire ? Peut-on parler d'un devoir de vérité ?  

Quelques textes pour approfondir la notion de langage 


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