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Philosophie

Le sujet

La notion de sujet introduit la première partie du programme de philosophie : la conscience, l'inconscient, la perception, autrui, le désir. Elle peut être traitée de façon exclusive mais elle est habituellement intégrée aux notions citées précédemment. 

Cependant, l'idée de subjectivité qui découle de celle de sujet (entendue au sens large comme tout ce qui se rapporte au sujet) peut être rattachée à d'autres notions importantes du programme : la raison et le réel, la vérité, la liberté... 

Vous trouverez ici les éléments essentiels d'une conceptualisation des notions de sujet et de subjectivité.

A quoi renvoie la notion de sujet en philosophie ? Que signifie être un sujet ? 

Dans son usage le plus courant, le sujet signifie le thème de la réflexion : un sujet qui fait débat, un sujet délicat, etc... Le sujet est ici ce dont on parle, ce qui peut faire l'objet d'une discussion.

Mais l'étymologie nous éclaire sur d'autres orientations et d'autres usages possibles d'une définition philosophique du sujet :

« subjectum» en latin signifie littéralement « ce qui se tient sous ».

Etre sujet, c'est donc « se tenir sous », et cela peut être compris de deux manières possibles : 

Notre compréhension philosophique de la notion de sujet tiendra compte de ces deux grandes significations. 

Etre sujet, être capable de dire « je » 

Pour amorcer la réflexion, on peut interroger les élèves sur le sens philosophique d'un mot très familier et en apparence anodin : « je ». 

Qui se tient « sous » le mot de « je » ? Autrement dit, qui parle quand je dis « je » ?

Les élèves se réfèrent d'abord au sujet dans son usage et son sens grammatical.

Ce pronom personnel « sujet » désigne le sujet comme l'acteurcelui qui est à l'origine d'une action. En ce sens, la notion de sujet semble s'appliquer spécifiquement à l'homme car la notion d'action suppose celle de réflexion, d'intention, de décision. Les élèves sont alors en mesure d' articuler la notion de sujet à celle de conscience (voir la fiche sur la conscience et le texte de Kant ) ; c'est d'abord le fait d'être conscient qui fait exister l'homme comme un sujet et non comme une simple chose.

J'ai donc la capacité de former une représentation de moi, je me représente dans ce que je vis à la première personne, je suis capable de dire « je ».

La subjectivité peut donc être comprise au sens large comme un attribut propre à l'homme. Ce qui est subjectif, c'est ce qui se rapporte au sujet, ce qui le concerne dans son appréhension de lui-même et du monde. Ainsi, la perception est un acte subjectif en ce sens qu'elle est l'acte d'un sujet qui vise le monde d'une manière qui lui est propre ( voir la fiche sur la perception ). De même, un jugement sera considéré comme subjectif s'il porte la marque de mon expérience, de mon vécu. La subjectivité implique donc une manière particulière d'être au monde.

Le sujet comme celui qui connaît et qui se connaît  

Le sujet, d'un point de vue philosophique, c'est aussi celui qui connaît : le sujet de la connaissance, et qui s'oppose à l'objet (ce que le sujet cherche à connaître), qui se tient face à lui. Si on entend par connaissance la façon dont un sujet (conscient, rationnel) appréhende le monde extérieur, alors le sujet est compris comme sujet de la connaissance, et se tient face à un « objet » (à entendre ici non pas comme chose matérielle mais comme ce que je cherche à connaître).

La notion de sujet renvoie ici à une autre problématique, d'une grande complexité, et qui sera reprise dans la partie du programme intitulée la Raison et le Réel :

Dans quelle mesure l'homme est-il capable de former une représentation objective du monde ?

C'est donc le problème de la valeur de vérité de nos connaissances qui entre en jeu, et notre capacité à tenir un discours objectif sur le monde. Dans l'effort que l'homme fournit pour élaborer des connaissances, dont certaines accèdent au statut scientifique, peut-il mettre de côté sa subjectivité ?  Par exemple, si le travail de l'historien comporte une part de subjectivité (voir la fiche sur l'histoire), il n'en demeure pas moins que l'histoire, pour prétendre au statut de science, doit comporter un fondement objectif. Où se situe alors la différence entre une simple opinion et un jugement rationnel ? 

Par ailleurs, qu'en est-il lorsque le sujet se prend lui-même comme objet de connaissance, en bref, quand le « je » s'intéresse  au « moi » ? Suis-je le mieux placé pour me connaître

La question précédente fait avancer les élèves vers le problème de la connaissance de soi. 

En effet, si seul l'homme existe comme sujet en tant qu'être conscient, cela signifie-t-il pour autant qu'il est en mesure de dire qui il est ? 

Ce qui connaît tout le reste, sans soi-même être connu, c'est le sujet 

affirme le philosophe Schopenhauer.

A partir de cette citation, on peut conduire les élèves à opérer une distinction entre le « je » et le « moi », distinction normalement posée dans le cours sur la conscience.

Le « je pense » - c'est-à-dire le sujet conscient - est-il capable d'appréhender le moi que je suis ?

Van Gogh

Autoportrait de Van Gogh

Cette étape de la réflexion permettra de progresser dans la compréhension de la notion de la subjectivité : être sujet, c'est être soi.  La subjectivité est alors identifiée à la singularité : je suis seul à être ce que je suis. Mais la conscience de soi ne me livre pas le « soi » dans son intégralité. L'identité personnelle fait donc problème en ce sens que le moi semble rester inconnaissable, introuvable (voir le texte de Pascal plus bas).

Masque du Gabon

On peut donc examiner et critiquer avec les élèves l'évidence du moi : si je suis en mesure de décrire ma personnalité, mes caractéristiques physiques et psychologiques, mes goûts, mes aspirations, etc...) suis-je capable d'appréhender le « moi » ? Le « moi » n'est-il pas une illusion ? ( voir le texte de Hume plus bas ). 

Après avoir mis en valeur la complexité de l'idée de « moi » et la possibilité d'une connaissance de soi, on interrogera les élèves sur les implications philosophiques de la disparition du « moi » : si le « moi » n'existe pas, si le sujet ne demeure pas le même au delà de tous les changements qui l'affectent et de ses différents états, l'homme peut-il encore être tenu comme auteur, responsable de ses actes ?

Le sujet dans sa dimension morale  

Ainsi, si le moi demeure inconnaissable comme « phénomène », la réalité du sujet doit cependant être maintenue pour garantir la responsabilité de l'homme et la valeur de nos actions.

Un dernier sens du sujet est donc mis en lumière : le sujet, c'est la personne morale que nous sommes.

Une réflexion sur le corps humain me semble intéressante pour compléter la définition du sujet ; en effet, si je peux dire « mon » corps, cela signifie bien que je suis d'une certaine manière le corps que j'ai. J'ai et je suis un corps en même temps. On pourra donc conduire les élèves vers l'idée de corps-sujet ou de corps propre (voir le texte de Merleau-Ponty plus bas) ; si le corps participe de ma définition en tant que personne, il a par conséquent une valeur particulière et ne pourrait être réduit à une simple chose.

Giacometti

L'homme qui marche de Giacometti

Mais jusqu' à quel point l'homme a-t-il la capacité d'être véritablement acteur ?

Rappelons ici que l'étymologie du sujet contient aussi l'idée d'assujettissement, de soumission. Ainsi, être sujet signifie aussi que l'homme se trouve parfois assujetti à des forces et/ou des êtres qui l'empêcheraient d'être pleinement sujet, c'est-à-dire acteur.

Nous avons vu ( voir la fiche sur l'inconscient ) que l'hypothèse d'un inconscient remettait fortement en cause la vision classique du sujet comme maître de lui-même. Le « sujet de l'inconscient » (Lacan), c'est l'homme assujetti à l'inconscient, qui existe alors sous un régime de passivité, dans une certaine forme d'ignorance sur lui-même et qui serait le jeu de déterminismes inconscients. Puis-je alors devenir sujet, c'est-à-dire moi-même ? 

On pourra aussi évoquer avec les élèves d'autres formes de l'assujettissement, en particulieles formes de la domination politique. 

Que signifierait alors être véritablement sujet d'un point de vue politique, c'est-à-dire un être non pas soumis par crainte ou par habitude à la volonté du tyran ou d'un maître, mais un acteur politique à part entière ? (voir la fiche sur l'Etat). 

Pour finir, les élèves pourront comprendre que la notion de sujet conduit inévitablement à une réflexion plus large sur la liberté (voir la fiche) définie comme la possibilité pour l'homme de passer d'un état de sujétion (soumission / le sujet est agent, il subit) à un état de subjectivation (autonomie / le sujet est acteur, il agit). 

La mise perspective de la notion 

Quelques textes conseillés sur la notion de sujet 


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