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Philosophie

Les échanges

Cette notion est « réservée » à la série ES mais votre enfant peut la découvrir lors d'un cours sur la société (toutes séries) et à travers d'autres notions du programme comme autrui, le langage, la culture, l'Etat.

L'intérêt d'une réflexion sur les échanges en série ES est aisément identifiable : dans la mesure où l'échange est l'objet d'un traitement en sciences économiques et sociales, les élèves ont déjà une certaine « culture » de la réalité des échanges dans leur dimension économique.

Quelle approche philosophique de la notion d'échange peut donc être élaborée avec les élèves ? 

La notion d'échange

Définition 

Dans un premier temps, il est utile de mettre en place une conceptualisation de la notion et d'élaborer une définition de l'échange.

Cette définition permet de cerner la spécificité de cet acte en le distinguant par exemple du don.

La nature même d'un échange implique une relation entre deux personnes, donc une réciprocité dans la mesure où il s'agit de céder quelque chose à quelqu'un en contrepartie d'une autre. Il y a donc dans l'échange une dimension intéressée, rationnelle et librement consentie entre les deux parties :

échanger, c'est vouloir échanger

Le vol ou le rapt sont par essence violents : je prends à autrui sans son consentement.

Le don semble avoir un caractère désintéressé ( nous y reviendrons ) : je cède une chose « gratuitement » sans attendre de contrepartie. 

Une fois ce travail de définition effectué, on peut conduire les élèves vers une interrogation sur les raisons qui poussent les hommes à échanger. En effet, si on part de ce qui est le plus familier pour eux - à savoir l'échange dans sa dimension économique - on peut alors se demander si les échanges humains doivent être réduits à leur seule forme économique. 

A partir de là, il devient possible d'articuler la notion d'échange à celle de société et de montrer que les échanges humains possèdent des formes multiples et constituent à ce titre le fondement, le ciment de toute vie sociale.

On peut donc parler d'une naturalité des échanges en ce sens que les hommes échangent spontanément, et ce, sous des formes très variées. On peut en même temps affirmer la réalité culturelle des échanges, comme l'a montré l'anthropologue Lévi-Strauss et insister sur le fait que l'échange est un fait social « total » dans la mesure où il concerne l'ensemble de la société et que les hommes échangent bien d'autres choses que des biens ou des marchandises.

A partir de là, les élèves pourront identifier des échanges de type différent, et dont l'objet n'est pas seulement économique.

Le langage : premier des échanges 

Le langage humain n'est-il pas d'ailleurs le premier des échanges, à l'origine de tous les autres ? (voir la fiche sur le langage). En effet, pour échanger et donner à l'échange sa forme contractuelle, il faut se parler et s'entendre. L'échange suppose donc l'expérience de l'intersubjectivité, la relation à l'autre (ou aux autres) à travers le dialogue et la discussion. L'idée de Montesquieu (voir le texte plus bas) qui soutient que les échanges favorisent la paix entre les nations mérite discussion avec les élèves. L'anthropologie Lévi Strauss dira à ce sujet que  

Les échanges sont une guerre pacifiquement résolue.  

 in les Structures élémentaires de la parenté, 1947. 

Conversation de Camille Pissaro

Camille Pissaro

La spécificité de l'échange dans sa forme économique

La lecture du texte précédent permet d'ouvrir la voie à une autre étape de la réflexion. 

Les élèves objecteront que les échanges ne favorisent pas toujours la paix, qu'il peuvent même être source de division entre les peuples : ne parle-t-on pas aujourd'hui de «guerre économique» ?

Ainsi, si l'on pense désormais les échanges sur le mode de la guerre, cela signifie qu'il y aurait collusion entre la sphère économique et la sphère politique.

Il convient alors d'examiner plus attentivement la spécificité de l'échange dans sa forme économique, et de façon plus générale, de s'interroger sur ce qu'est la sphère économique : quelle dimension de la société concerne-t-elle ?

C'est donc l'occasion de conduire une réflexion philosophique plus approfondie, particulièrement en série ES, sur toutes les notions qui accompagnent la dimension économique des échanges :

Epicerie

L'homo oeconomicus

Ce moment important de la réflexion permet d'aborder deux autres aspects importants :

Il apparaît donc que l'intérêt n'est peut être pas le seul lien qui unit les hommes entre eux (voir le texte de Durkheim) et qu'à tout vouloir calculer selon une logique marchande, nous réduisons alors inévitablement toute chose à sa valeur marchande, de telle sorte

qu'il n'y ait rien en dehors de l'enceinte marchande et que s'efface enfin l'idée d'un hors-de-prix 

M. Hénaff, Le prix de la vérité, 2002. 

Une réflexion sur les échanges ne peut donc faire l'impasse sur les résistances contemporaines et philosophiques à ce processus de « marchandisation » du monde. Pour achever une réflexion sur les échanges, il me paraît important d'inviter les élèves à réfléchir sur deux questions essentielles : 

En effet, quand je donne, je me prive délibérément du droit d'exiger une contrepartie, et je libère celui à qui je donne de devoir me rendre quelque chose, donc d'une forme de dette. Il y a donc dans le don l'expérience de la liberté, et pour le donateur, et pour celui qui reçoit, qui doit lui même être en mesure d'accepter le don : dès lors, est-il vraiment possible de donner ? Est-il plus facile de donner que de recevoir ? 

Mise en perspective de la notion d'échange 

La notion d'échanges apparaît assez fréquemment couplée avec d'autres notions du programme :

Ce sont là aussi de beaux sujets de discussion avec votre enfant ! 

Quelques textes philosophiques conseillés 


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