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Philosophie

L'existence et le temps

Nous sommes face à deux notions qui rejoignent ce que l'on nomme communément des questions existentielles et qui intéressent particulièrement les élèves en tant qu'elles touchent inévitablement leur expérience au sens de leur « vécu ». Par ailleurs, ces deux notions ne sont étudiées qu'en série littéraire, et il est tout à fait intéressant d'aller chercher dans leur culture littéraire matière à illustrer le traitement de ces deux notions. Les élèves le font d'ailleurs assez spontanément.

L'existence et le temps : comprendre ces notions 

Il s'agit ici, dans la présentation du programme, d'un couple de notions qui peuvent être traitées dans une mise en relation explicite l'une avec l'autre.

Je choisis de prendre comme point de départ la question suivante :

En quoi le temps donne-t-il à l'existence humaine une valeur particulière ?

Le temps est-il ce qui rend absurde notre existence ou au contraire ce qui lui donne un sens ? Il ne s'agit pas ici de faire traitement exclusif de la notion de temps, notion infiniment complexe bien qu'elle soit passionnante, mais bien de considérer les « incidences » du temps sur la condition humaine. La question « qu'est-ce que le temps » ? (voir le texte de saint Augustin)  apparaît néanmoins inévitable dans la progression de la réflexion.

Les élèves peuvent d'abord intégrer l'idée que seul l'homme existe dans le temps, que seule l'existence humaine est en ce sens « historique ». Il convient alors de souligner l'importance de la question suivante : que signifie, pour l'homme, exister dans le temps ?

En effet, l'élève comprend assez aisément que l'on peut appréhender le temps de deux manières :

C'est le temps « quotidien », celui qui règle et rythme nos vies et qui peut se compter en minutes, en heures, en années....bref, c'est le temps comme « nombre ». 

Le temps qui se rapporte à notre existence n'est pas seulement le temps mesurable, objectif : en effet, le temps a aussi une dimension subjective dans la mesure où il est une donnée fondamentale de la conscience humaine. On peut dire alors que le temps est l'étoffe de la conscience, il est vécu de l'intérieur par l'homme. 

Le seul temps « authentique » selon Bergson est la durée, c'est-à-dire le temps vécu (voir texte de Bergson).

Une heure de cours est toujours égale à soixante minutes, mais elle peut paraître interminable pour un élève ou au contraire passer très rapidement pour un autre. 

Le temps est donc affaire de perception et de conscience.

Les élèves comprendront aisément que lorsque nous dormons, le temps passe ; mais pour nous, du point de vue de notre perception, il n'y a pas de temps car la conscience est au repos.

Ainsi, on progresse avec les élèves vers l'idée que l'homme n'existe pas seulement dans un temps donné (un nombre d'années par exemple)  : il a conscience du temps, il perçoit le temps et ce, d'une manière qui lui est propre ; il se vit et se sait dans le temps ; il est un « être historique » comme dit Nietzsche contrairement à l'animal qui vit dans l'instant et est condamné à l'oubli (voir le texte de Nietzsche).

Cette conscience du temps confère à notre existence une valeur particulière, car l'homme accède alors à la perception du temps comme écoulement : le temps passe, et en un certain sens, il m'échappe.

Le temps est à la fois ce que je possède et ce qui me dépossède (voir le texte de Sénèque). Il est ce que je possède non pas comme une chose mais en tant qu'il est une donnée immédiate de la conscience.

Courir après le temps

Courir après le temps © Gilbert Garcin

En ce sens, la conscience du temps s'accompagne d'un sentiment d'impuissance :

C'est une chose horrible que de sentir s'écouler tout ce que l'on possède

Pascal dans ses Pensées

Le voyageur contemplant la mer

sentiment d'impuissance face à l'écoulement du temps que la littérature, en particulier la poésie, a su exprimer de façon très riche.  Ce caractère d'irréversibilité du temps va donc donner à notre existence un caractère particulier, caractère de vulnérabilité et même de tragique.

Les élèves sont alors en mesure de comprendre qu'un sentiment comme la nostalgie par exemple, est très révélateur de la relation problématique que l'homme entretient avec le temps.

Le temps, une réalité contradictoire 

Il est à la fois ce qui détermine notre existence, ce qui lui donne du sens :

Le temps est le sens de l'existence 

selon les mots du poète Paul Claudel 

Que serait en effet une existence humaine où le temps ne passe pas, une sorte d'éternité ? 

Et  pourtant, il est ce à quoi nous cherchons à échapper, ce que nous percevons comme un non-sens, dans la mesure où il constitue la privation permanente de ce que nous pensons posséder.

* Nous sommes privés de ce qui s'est passé (le passé est révolu).  
* Nous sommes privés de ce qui n'est pas encore advenu (l'avenir existe comme simple possibilité est toujours marquée d'une incertitude). 
* Reste le présent comme la seule « partie » du temps sur laquelle  l'homme semble avoir un pouvoir, une maîtrise.

Le présent se conçoit généralement comme étant le temps réel, le temps authentique, le seul qui vaille la peine d'être vécu.

J'invite alors les élèves à examiner de plus près cette « évidence » du présent qui soulève en réalité bien des difficultés. 

En effet, si le temps peut être défini comme une succession d'instants (l'écoulement entre le passé, le présent et le futur), il semblerait que le présent soit la « partie » du temps la plus réelle. Mais qu'en est-il vraiment ?

Le présent est-il bien réel ?

En effet, le temps n'est pas perçu comme une succession d'instants que l'on pourrait désolidariser les uns des autres, mais bien comme une durée, une continuité, comme il a été dit plus haut. Ainsi, les élèves sont en mesure de se demander si le présent « pur »  existe vraiment, du moins s'il est possible pour la conscience humaine d'éprouver l'instant présent comme présent « pur », réel, saisissable.

Ils comprennent à partir de là que de nombreux signes traduisent la difficulté que l'homme a de vivre pleinement dans le présent. 

En effet, il peut paraître impossible de vivre au présent, parce que nos pensées sont toujours occupées à autre chose. C'est ce que montre Pascal dans un célèbre texte des Pensées.

Ajoutons à l'analyse de Pascal l'idée que l'homme ne peut pas se désolidariser de son passé : le passé n'est jamais dépassé dans le sens où nous le portons toujours avec nous, de même que nous portons toujours avec nous le futur, ce qui va venir. Sartre dira à ce sujet que la catégorie essentielle du temps est le futur : l'homme se définit comme projet, à tout instant tout est possible, et c'est toujours en vue de que je pense ou que je fais quelque chose.

Il devient alors possible de comprendre qu'il y aurait une impossibilité de vivre au présent: 

D'où les difficultés pour l'homme à vivre dans le présent : perçu comme vulnérable (ce que je vis est menacé de m'être retiré, c'est-à-dire de devenir passé) ou bien comme ennuyeux (le présent me livre mon imperfection, ma finitude), le présent semble être fui par l'homme qui lui préfère les fantômes du passé ou les images de l'avenir.

Imaginer, désirer, rêver, n'est-ce pas en effet autant de manières d'échapper au caractère « étroit » du temps présent, toujours perçu comme fini, limité et en un sens, désenchanté ?

La persistance de la mémoire

Pourtant, les élèves acceptent aisément l'idée qu'une certaine sagesse invite l'homme à vivre au présent et qu'une existence humaine authentique ne peut trouver son bonheur que dans le présent, ici et maintenant.

Le présent aurait donc une richesse particulière qu'il conviendrait de découvrir et de vivre. En effet, même s'il est difficile de vivre au présent, le désir de se tenir dans l'instant n'est pas complètement impossible, l'homme semble en avoir les capacités intérieures.  C'est ce que la philosophie a coutume de désigner sous le nom d' attention (Bergson, Louis Lavelle) définie comme capacité de la conscience à se tenir dans le présent, et donc d'une certaine manière en dehors du temps, dans une sorte d'éternité. 

Le temps et la mort ? 


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