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Philosophie

La société

La notion de société constitue une bonne entrée en matière pour aborder le thème de la politique ; elle est inscrite dans le programme des trois séries, couplée avec la notion d' Etat en série S et avec la notion d'échanges en série ES. Je choisis ici d'en faire un traitement spécifique, mais je proposerai des pistes pour articuler société, Etat et échanges. 

La notion de société 

Comment définir la société ?

Dans un premier temps, les élèves sont invités à opérer un travail de définition de la notion de société, en insistant sur les caractères spécifiques d'une société humaine.

En effet, si une société peut se définir comme un ensemble organisé d'individus qui entretiennent des rapports d'interdépendance réglés, il reste que la tradition philosophique fait de la société humaine une réalité spécifique.

Même si la vie en groupe n'est pas une spécificité humaine, il conviendra de s'interroger avec les élèves sur ce qui permet de distinguer une « société » animale et une société humaine.

Il s'agit donc de considérer ce qui lie les hommes entre eux au sein d'une société, car celle-ci n'est ni une juxtaposition, ni une simple « agrégation » d'individus mais bien une « association » comme le dit Rousseau dans le Contrat Social (voir le texte plus bas).

La vision d'un sociologue comme Durkheim est aussi intéressante (en particulier pour les élèves de série ES qui ont dû aborder la notion de société et celle de fait social à partir de l'éclairage des sciences humaines) ; pour lui, la société humaine constitue une réalité spécifique, un système autonome qui ne résulte pas simplement de l'addition de ses membres mais qui a ses caractères propres, souvent inconscients, et qui ne se réduisent pas seulement à des motivations individuelles. 

Une société humaine est donc une totalité organisée et réglée, caractérisée par la présence de volontés individuelles sans lesquelles elle 

serait comme une fourmilière  

Bergson 

Ainsi, il n'y aurait pas d'instinct social qui puisse suffire à rendre compte de l'organisation de la vie en commun chez les hommes, contrairement aux sociétés animales qui obéissent à des lois naturelles, programmées. Mais la société humaine se caractérise aussi par un ensemble de lois spécifiques qui doivent être distinguées des lois conventionnelles créées par les hommes (lois politiques) et qui exercent une sorte de contrainte inconsciente sur ses membres ou du moins, qui s'imposent à eux. 

Manet

L'origine de la société humaine

La question de savoir ce qui lie les hommes entre eux au sein d'une société implique de s'interroger sur l'origine de la société humaine.

La tradition philosophique apporte deux grandes réponses à cette question : la société aurait un caractère naturel (Aristote) ou bien, elle serait le fruit d'une décision, d'un « pacte » : elle aurait un caractère conventionnel ou artificiel, comme le soutient par exemple Rousseau (voir le texte de Durkheim qui résume bien ces deux visions) :

Soutenir la naturalité des rapports humains suppose de voir l'homme comme un être naturellement social, un « animal politique » comme l'affirme Aristote dans une célèbre formule (voir le texte ci-dessous).

Ainsi, il y aurait une inclination naturelle des hommes à vivre avec leurs semblables, qui repose sur des « atouts » permettant la sociabilité, dont le langage, qui joue un rôle essentiel.

En effet, la société humaine est le lieu et le résultat de multiples échanges entre les hommes : si la parole est le premier échange humain, elle rend aussi possible toutes les autres formes d'échanges et de circulation (échanges de biens matériels,  culturels, idées, connaissances, savoir-faire). En réduisant la notion d'échange à sa seule forme économique, on a d'ailleurs tendance à oublier que le tissu social est constitué d'une multitude d'échanges, formels et informels (voir la fiche sur les échanges).

La vision « contractualiste » de la société voit la naissance d'une société comme le résultat d'un pacte (contrat), c'est-à-dire d'une décision à la fois individuelle et collective (convention) : non pas un pacte explicite qui pourrait être daté historiquement, mais un accord tacite que les hommes reconnaissent comme étant nécessaire pour vivre ensemble.

Vivre en société, c'est donc accepter (et tout le monde doit idéalement y consentir) de renoncer à une partie de ma liberté naturelle (faire ce que je veux) pour accéder à la liberté civile conditionnée par l'existence des autres et encadrée par des règles et des lois.

Ce pacte est d'une certaine manière sans cesse renouvelé, et il exige une sorte d'effort permanent de la part des hommes.  

Les élèves comprendront aisément qu'il n'est pas toujours facile de se penser comme sujet social et pas seulement comme individu agissant comme s'il était seul au monde.

Voilà pourquoi il existe des instances de socialisation (famille, école) qui éduquent d'une certaine manière l'individu à se penser dans sa relation à autrui, à faire valoir la liberté des autres tout autant que la sienne, à intégrer l'importance des règles dont une des premières fonctions est de protéger les individus contre l'arbitraire de la violence. 

Ainsi, une réflexion sur la société conduit à poser l'existence d'une « tension »  entre l'individu et la totalité à laquelle il appartient. 

Kant soutient à ce propos l'idée de « l'insociable sociabilité des hommes ». Héritier de l'idée d'une inclination naturelle des hommes à s'associer, il montre aussi la difficulté à maintenir une telle association dans le temps, les hommes ayant tendance à se diviser et à faire valoir en priorité leurs intérêts individuels (voir le texte plus bas) au détriment de ceux des autres.

La vie en société exige donc de la part de chacun de ses membres une sorte d'arrachement à un égoisme naturel, et les lois sont là pour garantir à la fois la liberté individuelle et la liberté politique (collective).

Tati

Une dernière question mérite d'être examinée avec les élèves : comment garantir la valeur et la primauté de l'individu dans la société, sans pour autant ériger l'individu comme un absolu qui s'affirmerait au détriment des autres ? 

L'homme peut-il exister comme sujet politique, membre d'une réalité qui le dépasse et dans laquelle il a pourtant une place particulière ?  Ne faut-il pas une instance qui rende possible le passage du « moi individuel » au « moi social » ( Bergson) ? 

Ce dernier moment de la réflexion peut permettre d'articuler la notion de société et celle d'Etat (voir fiche sur l'Etat) :

Il s'agit pour nous tous de concilier la justice et la liberté. Que la vie soit libre pour chacun et juste pour tous, c'est le but que nous avons à poursuivre 

A.Camus, Ecrits Politiques. 

Mise en perspective de la notion de société

Vous trouverez ici quelques exemples de mise en relation possible entre la notion de société et d'autres notions du programme.

Votre enfant doit en effet intégrer l'idée qu'aucune notion du programme ne peut être complètement séparée des autres. 

La question du déterminisme social (l'influence que la société peut avoir sur nos comportements et sur notre intériorité) mérite aussi d'être posée : la conscience de l'individu n'est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ? ( sujet de bac 2015, série ES )

Quelques références philosophiques


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