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Philosophie

Le travail

Cette notion intéresse généralement assez vivement les élèves de terminales, toutes sections confondues. On pourrait dire que c'est une notion qui leur « parle ».

La notion de travail 

Cette notion intéresse particulièrement les élèves de série ES car les liens avec les sciences économiques sont nombreux.

Elle peut aussi faire l'objet de discussions et d'échanges entre parents et enfants, en particulier pendant la période importante du choix de l'orientation post-bac.

La notion de travail, dans la présentation officielle du programme, est couplée à celle de technique, ce qui invite normalement à un traitement conjoint des deux notions. J'ai cependant l'habitude de traiter les deux notions de façon distincte, en montrant bien évidemment les liens qui peuvent exister entre elles. 

Les élèves associent spontanément le travail à l'idée d'activité professionnelle ou de métier.

Le travail, une nécessité pénible ? 

Une première étape d'une réflexion sur le travail conduira à montrer qu'il peut se définir de façon large comme l'activité par laquelle l'homme transforme le monde pour satisfaire ses besoins. En ce sens, il apparaît comme une nécessité à laquelle nul ne semble échapper :

L'homme est voué au travail.

Kant

De là, on mettra en lumière avec les élèves le caractère pénible du travail humain.

Synonyme d'effort (d'abord au sens physique), de contrainte, de perte de temps, il est avant tout l'activité permettant d'assurer la subsistance, c'est-à-dire la réponse à nos besoins. L'homme voudrait échapper au travail mais il ne le peut pas, car il ne peut échapper à sa nature biologique.

Le cycle du travail s'inscrit alors dans celui, plus vaste, de la nature : puisqu'il nous faut consommer (au sens premier de se nourrir) pour vivre et travailler pour consommer, le caractère répétitif du travail, auquel s'ajoute l'idée de peine et d'effort, se rattache au caractère cyclique de la nature.

Les glaneuses de Millet

Ainsi, on pourrait dire qu'une partie de notre vie se passe à produire ce que l'autre partie est amenée à consommer. Le travail apparaît alors comme dérisoire et absurde, comme le non-sens de notre existence, ce qui explique peut être l'aspiration des hommes à ne plus travailler : repos, loisirs, congés, vacances....autant de moments qui apparaissent comme le temps privilégié où l'on peut enfin commencer à vivre. 

Les élèves appréhendent en général assez bien l'idée que le travail humain serait un « fardeau », surtout si l'on regarde, d'un point de vue historique, les conditions dans lesquelles les hommes ont longtemps travaillé et travaillent encore pour certains.

Travail et liberté 

L'enjeu d'une réflexion sur le travail humain consiste donc à se demander s'il est possible d'envisager le travail comme activité bénéfique pour l'homme, non pas au sens financier du terme, mais plutôt de considérer ce que l'homme gagne à travailler : que gagnons-nous à travailler ? La question du salaire n'étant pas négligeable, les élèves pourront ensuite s'approprier l'idée que l'homme gagne autre chose à travailler et que le travail humain, comme le dirait Marx, ne peut jamais être réduit à sa forme salariale, sous peine d'être dénaturé.

Les élèves comprendront qu'une vie humaine sans travail ne serait pas possible, ni même souhaitable, mais que le travail, afin de donner du sens à notre existence, doit être reconsidéré comme un moyen de gagner une forme de liberté.

Départ au travail de Van Gogh

Une des intuitions du libéralisme économique (voir texte de Adam Smith) repose justement sur cette tentative de réconcilier travail et liberté : pour que le travail puisse fonder notre liberté, il faudrait que nous y passions moins de temps (spécialisation des tâches)  et que nous produisions plus que ce dont nous avons besoin (productivité). Pour autant, une société d'abondance -voire de consommation- ne libère pas complètement l'homme du travail ; ainsi, il n'a jamais été aussi indispensable de travailler et le travail est aussi ce par quoi l'individu gagne sa place dans la société. Moins le travail est devenu pénible, plus il a permis de répondre avantageusement à la diversité de nos besoins, plus il est devenu nécessaire de travailler (voir texte de H. Arendt). 

Dès lors, avons-nous vraiment échappé à la nécessité de travailler ? Quelle serait alors cette liberté qui se joue dans le travail et dont la clef ne se situe pas seulement dans une réorganisation sociale et économique de celui-ci ? 

Il s'agit alors de conduire les élèves vers une réflexion plus abstraite sur le sens du travail humain, en articulant travail et liberté.

Le travail est d'abord l'activité par laquelle l'homme se libère des déterminismes naturels, s'affranchit de certaines contraintes que la nature lui impose ; en ce sens, il est un geste « culturel ». Par le travail, l'homme humanise le monde, il construit le monde extérieur à son image, en inventant des outils, des techniques, des savoirs-faire et des méthodes de plus en plus complexes. 

Pour illustrer cette idée, on peut rappeler aux élèves la définition de l'outil chez  Hegel comme « miroir de l'esprit humain » : en travaillant, en inventant des outils pour faciliter sa tâche, l'homme projette quelque chose de lui-même dans ce qu'il fait, il réalise ses buts, il retrouve quelque chose de son intériorité, de ses facultés spirituelles (observation, imagination, intelligence, raisonnement....) hors de lui-même, dans une réalisation qui est la sienne. ( voir texte de Marx ). 

Il s'agit là d'une certaine forme de liberté dont le progrès technique semble être l'illustration la plus emblématique, du moins en apparence : l'homme a conquis la nature progressivement par le travail et la technique, et de cette manière, il a  gagné une forme de liberté en s'affranchissant de certaines contraintes naturelles.

Mais la question se pose alors de savoir si cette liberté a des limites, si une telle conquête est infinie (voir fiche sur la technique) ; en bref, si l'idée même de progrès technique ne cacherait pas une autre forme d'aliénation. 

Le travail-oeuvre

On peut alors conduire les élèves vers l'idée conclusive suivante : quand l'homme se trouve en situation de projeter son intelligence, ses désirs, ses buts, ses talents et sa personne dans ce qu'il fait (ce qui suppose de réfléchir aussi sur le problème des conditions de travail), quand il peut s'accomplir dans ce qu'il réalise, le travail devient alors synonyme d'oeuvre. 

Et quand travailler devient oeuvrer, le travail peut alors être redéfini comme une des activités « libératrices » par laquelle l'homme peut donner du sens à son existence.

Les élèves proposent souvent de façon spontanée l'activité artistique comme l'exemple le plus emblématique d'un travail-oeuvre, rejoignant par là la pensée de certains philosophes, dont Nietzsche, qui voit dans la création artistique une forme de jeu, c'est-à-dire le moyen de réconcilier l'effort et le plaisir, et d'échapper à l'ennui (voir le texte). 

La mise en perspective de la notion "travail"

La notion de travail est une notion « ouverte » et peut être fréquemment croisée avec d'autres notions du programme.

Elle est susceptible, par exemple, d' être mise en relation avec :

Vous pouvez proposer à votre enfant de confronter la notion de travail  à d’autres notions du programme, à travers des questions qu’il pourra formuler lui-même, par exemple travail et société : peut-on penser une société sans travail ? Cela peut aider votre enfant à faire des liens entre les différentes notions et parties du programme.

Quelques textes philosophiques à connaître sur le travail


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