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Philosophie

Le Vivant

La notion de « vivant » est inscrite au programme des séries L et S. 

Assez technique, la notion de « vivant » requiert certes une certaine culture « scientifique », mais son intérêt tient aussi à la possibilité d’un véritable croisement et d'un dialogue entre science (biologie) et philosophie. 

Que recouvre précisément la notion de vivant ?

Pour mieux cerner la complexité conceptuelle de la notion de vivant, il convient dans un premier temps de distinguer le vivant et la vie.

Même si ces deux termes peuvent aisément se confondre dans le langage courant (ce qui est vivant, n’est-ce pas ce qui est en vie ?), nous allons voir dans un premier temps pourquoi il est nécessaire de distinguer les deux, pour ensuite considérer si l’un peut véritablement être pensé sans l’autre.

A travers cette nécessaire distinction, les élèves doivent comprendre un des enjeux principaux d'une réflexion sur le vivant : la possibilité d’une connaissance scientifique de celui-ci. 

 grande galerie de l'évolution

La galerie de l'évolution 

La « vie » et le « vivant »

La biologie moderne, qui s’est constituée comme science du vivant depuis la fin du XVIIIème siècle, a en effet progressivement abandonné le concept de vie au profit d’une étude du vivant, des êtres vivants dans toute leur diversité.

Le concept de vie, en effet, ne semble pas relever d’une catégorie scientifique, dans la mesure où la vie n’est pas directement observable :

Les vivants sont là, mais la vie n’est pas là. 

écrit le médecin et scientifique G. Canguilhem.

Ce que nous avons sous les yeux, ce qui apparaît derrière la lunette du microscope, ce sont des organismes, des êtres vivants.

Pour le biologiste Claude Bernard, la vie est un concept métaphysique, ou méta-empirique ; elle n’est pas livrée directement dans l’expérience ou l’observation scientifique. Il semblerait donc que la science doive renoncer à chercher une définition absolue de la vie. Celle-ci relèverait d’un certain mystère, considérée comme force mystérieuse pour certains ; en bref, un irrationnel ; la science, quant à elle, se donne comme but d’établir un discours rationnel, objectif, et vérifiable sur son objet de recherche. 

L’objet d’étude de la biologie et de toutes les disciplines qui lui sont rattachées, c’est donc l’organisme vivant. 

Dès lors, comment appréhender la notion d’organisme ? 

Organisme et machine : la conception mécaniste du vivant

La comparaison de l’organisme et de la machine semble être opératoire pour établir une connaissance scientifique - c’est-à-dire objective - du vivant.

Néanmoins, suffit-elle à rendre compte de la spécificité du vivant ? En bref, peut-on comparer ou assimiler une organisation biologique à une organisation mécanique, un assemblage d’éléments mis en mouvement ? 

automate de Vaucanson

automate de Vaucanson 2

Un organisme vivant possède en effet plusieurs caractéristiques en commun avec la machine. Il s’agit alors de montrer aux élèves que la conception mécaniste du vivant a une raison d’être, en identifiant quelques arguments permettant d'établir cette comparaison. 

C’est-à-dire un ensemble dont les parties sont subordonnées à la totalité qu’elle forme. Autrement dit, les parties ne sont pas seulement juxtaposées mais existent les unes par rapport aux autres, et même les unes pour les autres. Dans un organisme et une machine – les deux constituant une totalité unifiée – chaque élément suppose les autres et agit sur les autres.

Dans les deux cas, en effet, les éléments sont agencés les uns par rapport aux autres pour produire des effets déterminés. Même si la notion d’intention est particulièrement problématique quand elle s’applique au vivant, il n’en reste pas moins que cette sorte de dispositif que représente un organisme semble « intelligent ».

Ainsi, l'analogie entre la machine et le vivant paraît pertinente, en ce qu'elle permet de rendre intelligible le vivant, le considérant comme un agencement de pièces, de parties. 

C'est Descartes qui contribua, dans ses considérations sur les automates, à rapprocher l'organisme vivant du modèle de la machine (voir le texte plus bas), montrant que dans l'ordre des choses naturelles et dans celui des choses artificielles, les mouvements seraient provoqués par les mêmes lois, c'est-à-dire les lois de la physique.

Cette explication du vivant par les lois de la matière en général seront confirmées par les grandes avancées de la biologie moderne : la biologie moléculaire et la génétique montreront que la matière vivante ne contient rien de plus que les éléments chimiques qui composent la matière inerte.

Ce qui distinguerait donc le vivant et l'inerte, ce n'est pas une différence de constituants chimiques, mais une différence dans l'organisation et la distribution de ces éléments ; il ne s'agirait donc plus d'une différence de nature, comme toutes les théories vitalistes (voir plus bas) ont tenté d'en rendre compte, mais une différence de degré et de complexité. 

Pour en revenir à Descartes,  si l'automate peut réussir à se faire passer pour un être « naturel » (c'est-à-dire doté d'un mouvement en apparence spontané), le vivant, dans sa totalité, pourrait par conséquent lui-même être considéré comme une machine.

Sans jamais affirmer que le vivant est une machine (une analogie n'étant pas une stricte identité mais une identité de rapports), Descartes ouvre cependant la perspective d'une explication mécaniste du vivant, lequel ne répondrait à aucun phénomène spécifique pour expliquer ses propriétés et ses comportements. Pour Descartes en effet, quand on voit un cadavre, il semble identique au corps vivant, au moins dans son apparence extérieure. L'inertie du cadavre ne serait donc pas due pour le philosophe à un départ de l'âme ou du souffle de vie, mais à une simple « panne » du mécanisme vital. 

Les limites du modèle mécaniste 

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