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Philosophie

La matière et l'esprit

Voilà un couple de notions complexe du point de vue de son traitement mais qui conduit à des questions fondamentales en philosophie, en particulier celle de savoir ce que signifie penser. 

Travailler sur la matière et l'esprit, c'est aussi l'occasion de montrer que la philosophie peut et doit dialoguer avec les sciences, en particulier les neurosciences dont les progrès fulgurants en matière de connaissance du cerveau humain ne peuvent être ignorés par le philosophe. 

La notion de matière et d'esprit 

Pour introduire le propos, on invite les élèves à se demander ce que la philosophie peut bien avoir à dire sur la matière, qui semble au premier abord l'objet d'étude privilégié des sciences ( physique, chimie, biologie, neurosciences ). Pourtant, l'interrogation sur la matière et ce qui compose les choses matérielles est très ancienne et remonte aux philosophes présocratiques. 

Nous choisissons la question suivante comme axe de réflexion :

Est-il légitime d'opposer l'esprit à la matière ? 

La complexité de la notion de matière

Sais-tu bien ce qu'est la matière ? 

Voltaire, Micromégas

En effet, pour le sens commun, l'objet matériel est ce qui est réel, concret, accessible aux sensations (vue, toucher, odorat...).

Selon le point de vue empiriste (voir la fiche sur la perception), la chose matérielle ne serait rien d'autre qu'une « collection » de qualités sensibles que nous pouvons appréhender dans l'expérience, elle-même issue de nos sensations.

En effet, c'est bien parce que nous avons un corps, doué d'organes sensoriels et qui appartient au monde matériel, que nous pouvons entrer en relation avec d'autres objets du monde extérieur.

Dans la perspective de Hume, l'idée que nous nous formons de quelque chose ne serait rien d'autre que la copie affaiblie d'une sensation (voir là aussi la fiche sur la perception, texte de Hume). La matière vient donc, dans la sensation, « imprimer » en nous une trace que nous appelons communément une idée mais qui ne semble être rien d'autre qu'une impression sensible.

Il y a déjà chez Hume l'idée d'une continuité entre la matière et l'esprit ; la vie de l'esprit dépend de la façon dont la matière agit sur notre corps par l'entremise des sens. 

Le corps matériel semble donc posséder un certain nombre de propriétés de telle sorte que nous pouvons le décrire (grand, petit, en mouvement, doux, rugueux, etc...)  et en former une certaine connaissance.

Les grecs ont perçu que le propre de l'objet matériel, en particulier le corps vivant, est de changer, de se transformer, jusqu'à disparaître. Il est « corruptible » ( voir le fragment d'Héraclite plus bas ). 

Néanmoins, la matière peut aussi être appréhendée de façon plus abstraite.

Si le corps matériel est doté de qualités qui peuvent être modifiées, il peut aussi être vu comme une sorte d'étendue dans l'espace.

C'est ce que montre Descartes dans la deuxième méditation en assimilant la matière à une étendue (« res extensa ») c'est-à-dire une réalité qui occupe un espace ( en longueur, largeur et profondeur ) et en l'opposant à l'esprit ( « res cogitans » ) qu'il considère, dans la tradition philosophique, comme une substance de nature non matérielle.  

Il ouvre ainsi la perspective d'une conception géométrique de la matière par opposition à une conception atomiste de celle-ci. La matière devient donc une quantité mesurable avant d'être un ensemble qualitatif. Loin d'être synonyme de « concret », elle devient plutôt ce qui peut faire l'objet d'une abstraction géométrique. 

la substantifique moelle

Les découvertes de la physique quantique au début du XXème siècle ont aussi contribué à modifier notre représentation de la matière.

Dans le modèle de la physique classique (celle de Newton), le corps matériel se traduit comme une masse située dans un espace neutre (son action ne modifie pas l'espace où il se trouve).

Mais à la fin du XIXème siècle, Maxwell découvre le concept de champ électro-magnétique : l'espace n'est pas neutre, ni inerte, mais il apparaît comme le lieu où s'exercent des forces et des échanges d'énergie.

Peu de temps après, la découverte de l'électron obligera aussi à réviser notre conception de la matière : la matière semble exister d'une double façon, comme corpuscule  et comme onde (énergie).

L'idée de matière devient donc problématique ; elle n'est plus conçue comme une chose mais comme un « événement » pour la physique quantique, dans la mesure où l'atome n'obéit pas aux lois de notre univers sensible et qu'on ne peut y accéder que par un calcul mathématique infiniment complexe. Un célèbre physicien français du début du XXème siècle, Poincaré, aura cette formule polémique « la matière n'existe pas ». 

L'idée de matière apparaît donc comme une sorte de modèle dans l'esprit humain, qui permet d'entrer dans la compréhension de ce que nous appelons la réalité. 

On conduira ensuite les élèves vers une deuxième étape de la réflexion : si la matière ne devient vraiment quelque chose qu'à partir du moment où l'esprit humain cherche à la connaître, au-delà de l'expérience immédiate que nous avons du corps matériel, elle existe donc autant comme « réalité » que comme  « idée »Pour connaître la matière, il faut donc quelque chose qui existe sur un mode qui ne soit pas matériel, entièrement distinct de la matière : l'esprit. 

En quoi et jusqu'où est-il légitime de distinguer l'esprit et la matière ? 

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