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Marion Charreau ou la magie des cartes

Marion Charreau est consultante et formatrice spécialisée dans les outils de pensée visuelle. Elle est également professeur de français langue étrangère (FLE), créatrice du blog "Territoires des langues" et auteur du très bel ouvrage : Le français vu du ciel.
Elle nous parle des cartes mentales (ou cartes heuristiques), cet outil en forme de neurone qui permet d’organiser ses idées et d’apprendre à apprendre. Merci pour cet échange passionnant.

Parlez-nous un peu de vous… votre parcours ?  

Mon parcours n’est pas linéaire : j’ai d’abord étudié les Beaux-Arts dans différentes écoles en France et en Espagne ; je me suis ensuite tournée vers le monde de l’entreprise, du management et de la créativité et je me suis certifiée à l’utilisation d’outils comme les cartes mentales. J’ai également enseigné le français langue étrangère en entreprise en m’intéressant tout particulièrement à la dimension interculturelle de ce travail.

Ce qui m’a passionnée dans l’enseignement de la langue française, c’est de pouvoir créer du dialogue et des liens entre les personnes. Enseigner le français m’a aussi aidée à appréhender les autres.

Et j'ai une véritable passion pour la cartographie de l’information

Que l’on soit sur une route, en train de démêler un problème ou à l’école en train d’apprendre une leçon, une carte nous indique où nous sommes, où nous voulons aller et comment. Elle représente visuellement de ce que nous comprenons.

En construisant une carte, on se pose des questions, on relie les informations entre elles, on a une vision d’ensemble qui nous rassure et qui nous permet d’identifier tout de suite ce qui est clair et ce qui ne l’est pas.

Territoires des langues ou Le Français vu du ciel sont deux projets complémentaires qui se réfèrent aux cartes de nos idées, de nos savoirs.

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Et les cartes mentales ? Quel en est l'intérêt ?

L’outil carte mentale en tant que telle date de la fin des années 70 mais le concept est inhérent à la pensée humaine (les aborigènes ont aussi un système de cartographie …)

Tony Busan, un psychologie anglais, est le créateur du concept de Mind Mapping… Il s’est beaucoup intéressé aux neurosciences, à l’apprentissage et à la mémorisation. Dans un contexte où l’on commençait à parler de plasticité du cerveau, il a développé cet outil pour “respecter le fonctionnement naturel du cerveau”.

En effet, avec une carte mentale, on peut toujours rajouter, enlever des informations ou créer de nouvelles connections. On utilise toutes nos ressources (logique/imagination, analyse/intuition). C’est un outil adapté à tous, malléable et vivant. Il convient aux parents et aux enfants.

Pour tirer un maximum de bénéfices de l’outil, il faut construire soi-même ses cartes. On peut commencer en regardant des vidéos ou en lisant Tony Buzan, mais se former permet vraiment de passer à la vitesse supérieure et d’intégrer l’outil au quotidien.

Je forme régulièrement des personnes en entreprises, dans des universités ou des institutions. J’interviens aussi lors de séminaires autour de l’enseignement du français langue étrangère. Les formats sont plus courts (il s’agit plus de faire découvrir l’outil et ses possibilités d’applications en classe) mais les enseignants sont souvent très motivés en ressortant de l’atelier. Ils se demandent pourquoi ils n’ont pas eu accès à ce genre de formation plus tôt. Ici en Espagne, où le français a été assez malmené ces dernières années, certains professeurs retrouvent même le goût d’enseigner. *

En pratique:  la carte mentale clarifie, attire, structure, intrigue, ajoute de l’esthétique…. 

 

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Hélène Trocmé-Fabre, Docteur en Linguistique et Docteur en Lettres et Sciences Humaines, est une spécialiste reconnue de la pédagogie et de l'apprentissage. C'est elle qui a traduit en français des premiers livres de Tony Buzan et qui a donné le nom aux cartes mentales de cartes heuristiques. Heuristique comme Eurêka !

Parce que l'on procède par itération, on découvre, on cherche, comme un enquêteur.

Et pour les élèves ?

Lorsqu'un élève construit une carte mentale, il est dans une posture plus active. 

Il se pose des questions, il construit soi-même son savoir. Une bonne utilisation de l’outil favorise l’autonomie et le sens critique. Il apprend à apprendre et devient plus responsable de son apprentissage.

Il est sans cesse sur le mode du questionnement :

En plus, l’élève exprime sa pensée de manière variée : des mots-clés, des phrases, des branches, des dessins, des images, des couleurs, des flèches. 

Il s’amuse en construisant sa carte, il s’approprie l’information à sa manière. C’est ça finalement, étudier.

A qui s'adresse cet ouvrage ? 

Le livre s'adresse aux adultes et aux adolescents et pour communiquer. C’est un livre au format BD, agréable à regarder. Certains adolescents y restent plongés des heures.

On peut lire le livre en se concentrant sur l’histoire, l’utiliser pour échanger nos connaissances autour de la langue française (je pense à une relation parents, grands-parents / enfants, petits-enfants), ou le consulter pour revoir un point de grammaire en faisant ses devoirs.

Ce n'est pas un manuel de français. J’ai voulu montrer l’essentiel, donner le niveau de richesse nécessaire pour une compréhension globale de la langue ; et proposer une manière originale d’entrer dans la grammaire.

Le français vu du ciel est aussi utilisé par des professeurs qui souhaitent aborder une notion grammaticale autrement. Ils s’en inspirent pour introduire un sujet ou faire construire des cartes à leurs élèves.

Comment s’est construit le scénario ?

Il s’est construit autour de plusieurs questions:

Ensuite il a fallu affiner le scénario, l’ajuster, enlever ou ajouter quelques contenus pour que l’ensemble soit cohérent.

Chaque étape a été suivie et validée par l’éditeur et l’équipe linguistique d’Orthodidacte.com

Pourquoi le plateau pour les modes, la montagne pour les verbes … ?

Le français vu du ciel

J’ai d’abord demandé dans mon entourage ce qu’était un verbe, un nom et un adjectif. Les réponses étaient variées mais avaient aussi quelques points communs. Je me suis appuyée sur ces points communs pour trouver les premières métaphores visuelles.

Ainsi, le verbe “bouge tout le temps” (il change de forme quand on le conjugue). Par associations d’idées, bouger évoque la danse. Dans le livre, les verbes dansent autour de “la montagne des verbes” elle-même régie par les différents modes: des totems qui donne le ton.

La montagne des verbes dans son ensemble est représentée comme un grand orchestre où les modes, les temps et les verbes se mettent d’accord pour que le tout sonne juste.

Petit à petit, ces lieux imaginaires ont pris leur autonomie. Les autres métaphores se sont mises en place naturellement. 

En donnant un lieu à chaque notion et en les reliant entre eux, on donne des repères au lecteur qui mémorise plus facilement. Il peut “revenir” mentalement dans ces lieux à n’importe quel moment et y ajouter d’autres connaissances.

Le procédé n’est pas nouveau, il date de l’antiquité… Époque à laquelle on pratiquait l’art de la mémoire avec par exemple, la méthode des lieux.

La méthode des lieux : méthode qui consiste à déterminer un parcours, un itinéraire dans un espace que l'on connaît bien. (dans la pièce, dans la ville… ). Les grecs par exemple imaginaient une villa. On va y mettre ce qu’on veut apprendre, les nouveaux éléments à retenir On associe le lieu à ce qu’on veut apprendre. NDLR

On pense évidemment à la Grammaire est une chanson douce en parcourant votre livre. Etait-ce intentionnel ?

Effectivement, on retrouve l’univers du livre d’Eric Orsenna dans Le français vu du ciel. Quand j’ai présenté une ébauche du livre à l’éditeur où il était question de voyager dans les “Territoires des mots”, il me l’a fait remarquer.

Je suis très contente que vous fassiez le lien car ce n’était pas intentionnel.

Quels ouvrages recommanderiez-vous à des parents pour accompagner l’apprentissage de l’étude de la langue avec leurs enfants ?

Je leur recommanderais La pédagogie positive pour aider leurs enfants dans leurs apprentissages. Puis je leur dirais de participer à une formation avec leurs enfants.

Je leur dirais aussi de construire des cartes avec leur enfants (au moins au début), et pas seulement pour les devoirs. Ils pourraient faire une carte de leurs prochaines vacances ou sorties, une carte des courses à faire, une carte de la valise, une carte de la semaine, une carte des activités extrascolaires…

Et pour vos lecteurs, je proposerais une activité spéciale  :

Réaliser la carte des programmes scolaires (une carte par matière).

Je pense que ça aurait un effet rassurant de voir l’ensemble sur une seul feuille de papier et de relier les thèmes entre eux. Ensuite les enfants pourraient colorier la carte au fur et à mesure qu’ils avancent. Ou donner un code de couleur à ce qu’ils préfèrent et aiment un peu moins.

Je suis sûre que ce serait un instrument de dialogue et de dédramatisation formidable.

Sur mon blog, par exemple, j’ai proposé aux étudiants de français langue étrangère de visualiser leur progression en grammaire sous forme de carte plutôt que de compter les pages des manuels. Ils téléchargent une version en noir et blanc de la carte et lui donne un code couleur pour s’auto-évaluer:

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Coup de coeur de l'équipe pour la page sur les connecteurs logiques que voici : 

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Mais aussi pour la page sur les niveaux de langue, celle sur l'expression des émotions et des sentiments, celle sur les accents... et bien d'autres ! 

Les livres dont nous avons parlés 

* Si vous souhaitez plus d'informations sur ces formations, rendez-vous sur le Blog : Territoires des langues

territoires des langues

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